Fleur de frangipanier, ô fleur de mon enfance,
Calice parfumé des plus tendres odeurs,
Toi qui charmes le soir, dans l’ombre et le silence,
Les rêves de la fille aux yeux noirs et qui pense
A tes triomphantes blancheurs ;
O fleur, te souviens-tu d’un soir où palpitante,
Nang Kham-La (1) recherchait ses premières amours ?
La lune sur les flots se glissait, éclatante,
Dans son manteau d’argent, et l’onde étincelante
S’enfuyait, hélas ! pour toujours !
Champa, te souviens-tu d’un soir où, sur la mousse,
Tes pétales mouraient dans un moelleux linceul ?
Et des bords du Mékhong où, telle une voix douce
Le khène (2) harmonieux frémissant dans la brousse,
Chantait le regret d’être seul ?
Champa, te souviens-tu d’un soir où, gracieuses,
Les phousao (3) dansaient aux rythmes les plus fous ?
Les vases cerclés d’or, dans leurs mains généreuses,
Répandaient leurs trésors, et les mères heureuses
Priaient dans le sim (4) à genoux !
Quand le souffle du vent capricieux te porte
Par delà les forêts, les fleuves et les mers,
Jusqu’aux pieds de celui qui songe sur la porte,
L’espoir renaît soudain, l’âme qu’on croyait morte
Domine les destins amers !
O fleur, don précieux, refuge de symboles,
Toi qui parles d’amour aux filles, de retour
A l’exilé ; toi qui vis dans les paraboles,
Toi qui fournis aux vat (5) les humaines oboles,
Toi qui meurs et nais chaque jour ;
Depuis quand règnes-tu sur cette terre ancienne ?
O vision du passé ! Promesse d’avenir !
Fleur que chérit toujours la nation laotienne,
Car ta corolle, telle un temple, est la gardienne
De l’antique et pur souvenir !
P. S. NGINN
Recueil de P.S.NGINN.
Fondateur de l'Académie Royale Lao
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