auteur:  
Koupranom Abhay

 

Pang Nan !
En ce temps là !

 

En ce temps là, le bleu du ciel était plus bleu,
Que le bleu de France et de la Côte d’Azur ;
Oui, en ce temps là, la pomme que j’ai croquée,
Était la meilleure que j’ai jamais mangée.            
 
En ce temps là, les fleurs rouges étaient plus rouges,
Que les drapeaux rouges forés par des gouges. 
En ce temps là, mon cœur papillonnait autant
Que les papillons aux jardins de mes parents.   
 
Je croyais que le monde était immuable,
Que la terre du Laos était éternelle,       
Que les pagodes pour toujours vénérables,
Que ma vie resterait jeune et immortelle.  
 
Je pensais pouvoir déplacer les montagnes,
Transformer les hommes, fleurir la campagne,
Je rêvais de donner le savoir à des sots,
Bouleverser le monde impur avec mes mots.   
 
En ce temps là, tout semblait à portée de main, 
« Il suffit, disais-je, pour ceci … Pour cela …  »,
Alors qu’Anouvong a désenchanté Champa,
Je pleurais d’avoir abandonné mes confins.     
 
Dans une rue, mon copain parlait de grandir,
Sous le soleil de plomb, l’ombre se détachait,
Souphanouvong dans le maquis, heureux, tramait.
Et nous avons cru pouvoir bâtir l’avenir.      
 
J’ai quitté mes pénates le cœur lourd, blessé,
En ce temps là, même  Soumountha a douté,
J’en faisais pareillement  pour me libérer,
J’ai tout reconstruit, guéri, j’ai tout oublié.    
 
En ce temps là, tout était grand et merveilleux
Tout était beau, parfait, même les malheureux,
Le mendiant, thao Pheng était peint par Leguay,
Cité par moi-même dans un poème Français.                
 
En ce temps là, j’étais heureux et insouciant,
Comme un gourou indien, je n’avais pas un sou,
Mais j’étais libre et je dissertais sans tabou, 
Oui, en ce temps là, j’avais à peine vingt ans. 

 


Koupranom ABHAY